Interview du Pr Heitor Cantarella, membre du jury pour le concours Innovation Awards

Pour clôturer notre série d'interviews, nous avons rencontré le Professeur Heitor Cantarella, Directeur du Centre des Sols et des Ressources Environnementales de l’Institut Agronomique de Campinas au Brésil.

Pour clôturer notre série d'interviews, nous avons rencontré le Professeur Heitor Cantarella, Directeur du Centre des Sols et des Ressources Environnementales de l’Institut Agronomique de Campinas au Brésil, lauréat du Prix Norman Borlaug 2017 décerné par l’IFA, pour son travail d’avant-garde visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre associées à l’utilisation des engrais dans les pays tropicaux.

Pourriez-vous vous présenter et expliquer vos domaines d'expertise ?

Je suis le directeur du Centre des sols et ressources environnementales de l'Institut Agronomique de Campinas au Brésil. Je détiens un doctorat de l’Université de l’État de l’Iowa aux États-Unis, en fertilité des sols, et j’ai une expérience importante quant à la fertilité des sols et la nutrition végétale. J’ai développé des recherches portant sur la fertilité des sols et la nutrition végétale en mettant l’accent sur les problèmes liés à l’azote. J’ai également travaillé à améliorer l’efficacité de l’utilisation de nutriments. Plus récemment, j’ai travaillé sur les gaz à effet de serre et le cycle des nutriments dans la canne à sucre servant à produire les biocarburants à l’éthanol.

À l’IAC, nous sommes chargés de rédiger des recommandations relatives aux engrais à utiliser pour les agriculteurs. Notre objectif est de transformer nos résultats de recherche en recommandations pratiques pour les agriculteurs brésiliens, et de leur transmettre nos connaissances. Nous établissons les lignes directrices concernant les recommandations d’engrais pour plus de 100 cultures.  Notre groupe a également développé des méthodes d’analyse des sols adaptées aux sols tropicaux, et pouvant également être utilisées sur les sols du monde entier. C’est le cas de la résine échangeuse d’ions utilisée normalement pour extraire le phosphore présent dans les plantes. Cela nous permet de nous assurer que les agriculteurs utiliseront des engrais sur la base de critères sérieux, pour optimiser leurs rendements et bénéfices économiques sans mettre en péril l’environnement.

De plus, la mise en œuvre de ces méthodes nous permettra également de coordonner un programme d’échange du sol, ou un test de maîtrise du sol, avec 136 laboratoires brésiliens et de plusieurs autres pays.

J’ai dans ma vie été membre de plusieurs comités. J’ai été un des coordinateurs d’un programme de bioénergie à São Paulo, qui a accordé des subventions à près de 200 projets ces 10 dernières années. Je coordonne également le programme Nutriments pour la vie au Brésil. Cette initiative est menée par l’Association Brésilienne d’Angrais ANDA, à laquelle participe également Timac Agro Brazil, et dont l’objectif est d’atteindre les profanes, de leur montrer les avantages des engrais, et que les nutriments contenus dans les produits alimentaires proviennent des engrais.

Quel est l’historique et les liens existants entre votre service et le Groupe Roullier ?

J’ai collaboré à plusieurs projets du Groupe Roullier, et me suis penché plus spécifiquement sur les études liées à l’azote. L’un de ces projets consistait à étudier la perte de la volatilisation de l’ammoniac provenant de différentes sources d’engrais et des solutions pour réduire cette perte. Nous avons testé plusieurs formulations préparées par le Groupe Roullier et avons mesuré la quantité d’azote susceptible d’être économisée en réduisant les pertes de volatilisation de l’ammoniac. Cette mesure devait aider le Groupe à développer un des produits novateurs qu’il voulait lancer sur le marché brésilien.

Que pensez-vous des collaborations entre les sociétés privées, comme le Groupe Roullier, et les scientifiques ?

Je pense que les collaborations entre sociétés privées et scientifiques sont très importantes pour les deux parties, en raison du fait, principalement, que les scientifiques ont l’opportunité de partager leurs connaissances avec les entreprises. Pour les scientifiques, il est vraiment important de savoir ce que fait l’industrie, les orientations prises, et en quoi celles-ci peuvent aider à collaborer avec le secteur privé, car en fin de compte, les agriculteurs utiliseront les produits industriels. Il s’agit donc d’une collaboration à double sens à travers laquelle les deux parties apprennent énormément, et peuvent partager leurs connaissances. Je recommande vraiment ce type de collaboration.

Quels sont pour vous les principaux critères d’une bonne collaboration entre une université et une société privée ?

Je suis convaincu que nous vivons dans des mondes complémentaires étant donné qu’en tant que scientifiques, nous détaillons les choses tandis que la vision de l’industrie est plus simple. L’industrie doit être pratique de manière à transformer les connaissances en produits viables et utilisables par les agriculteurs au quotidien.
Par ailleurs, une bonne collaboration s’accompagne d’une véritable interaction entre les scientifiques et l’industrie. Cette interaction est fondamentale étant donné que nous, les scientifiques, souhaitons que notre travail, les recherches sur lesquelles nous travaillons, profitent aux agriculteurs. L’interaction avec l’industrie est donc très utile en ce sens. Du fait que l’industrie cherche toujours à élargir ses activités, nous devons suivre ces évolutions et aider l’innovation. Au final, nous travaillons tous pour que les rendements augmentent, et pour aider les agriculteurs en créant de nouveaux produits et technologies.

Vous êtes habitué à participer au comité d'évaluation, pourriez-vous décrire votre expérience en matière d’évaluation des projets de recherche ?

J’ai, en effet, pris part à plusieurs comités d’évaluation pendant de nombreuses années avec des sociétés privées, mais surtout avec des organisations gouvernementales et des organismes de financement. Pa exemple, j’ai rédigé des évaluations pour des projets de recherche pendant 20 ans pour le CNPQ qui est un organisme de financement brésilien. J’ai également travaillé pendant plus de 10 ans avec le comité agricole du FAPESP, où j’avais pour rôle d’aider à sélectionner les projets qui recevraient des fonds.

Quels seraient les 3 conseils que vous donneriez aux candidats du concours Innovation Awards ?

Voici quelques conseils, tout d’abord avoir un objectif clair, expliquer ce qui est nouveau et les objectifs que vous souhaitez atteindre avec le projet. Deuxièmement, montrer que vous utiliserez une méthodologie adéquate pour tester votre hypothèse et atteindre vos objectifs. Troisièmement, montrer clairement quels seront les avantages pour les agriculteurs, pour les entreprises et la société en général.

Dr. Heitor Cantarella

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